On a coupé aujourd'hui comme fourrage les deux parcelles de trèfle située dans le champs du Fumerin et dans le bas des champs-nées. Il n'est pas encore très avancé, mais le temps menace de plus en plus à se mettre à la pluie et on a profité de ce que la journée a été un peu plus chaude que la précédente . Si la pluie ne survient pas dans la nuit , on pourra le rentrer rapidement , car étant peu fourni , il sèchera très rapidement . La récolte ne sera pas abondante , mais ce sera tout de même un appoint à la consommation d'hiver.
Le fermier a parlé de conduire le fumier dans ces parcelles aussitôt le fourrage enlevé. J'en ai profité pour examiner le tas de fumier.
Il a été fait dans un coin de la cour formé par l'angle du pré Bardin après le corps de bâtiment comprenant les granges et les écuries. Actuellement il a environ 15 mètres de long sur 10 mètres de large et sa hauteur varie entre 1m et 1m70. Son volume serait d'environ 180 mètres cubes. Il est actuellement très décomposé , sauf à la partie supérieure , mais il n'aura pas la valeur fertilisante qu'il aurait dû avoir par suite du mauvais entretien.
On met beaucoup de paille aux animaux , en sorte qu'il en rentre une grande partie dans sa composition; de plus on ne recueille pas les excréments liquides qui coulant par des rigoles creusées à cet effet dans les écuries s'en vont tomber dans le pré Bardin formant des mares où les deux truies aiment se vautrer.
Le fumier sorti de l'étable par brouettées est entassé, mais sans être fortement compressé, on se contente de déverser sur le tas , le purin ne peut s'écouler dans le sol qui est imperméable, mais est entrainé par les eaux de pluie vers la mare dont l'eau est toute verte. De plus les crîblures de céréales , les balayures des granges en un mot toutes les graines de mauvaises herbes sont jetées sur le tas de fumier ou y sont entrainées par le vent.
Le fumier est à l'air libre, ce qui par ces derniers temps de grande chaleur la partie superficielle avait pris feu avec les cendres qu'on y avait jetées; aussi les pertes en éléments nutritifs sont-elles très importantes . Il n'y a pas de fosse à purin et jamais on a eu l'idée d'en creuser une , car on ne se rend pas compte des pertes énormes subies par le fumier et on ne voudrait pas se donner la peine de l'arroser ou même de le tasser. Et tout ceci n'est que par ignorance . Il serait presque impossible de leur faire comprendre qu'en ne prenant pas de précaution, on perd une grande partie des éléments fertilisants, ceci n'étant pas visible.
Près du grand bâtiment au bout où est l'étable réservée au propriétaire se trouve un autre tas de fumier produit par cette étable se trouve une fosse à purin.
Cette fosse a la forme du coin du mur de 3m50 de côté et de 2 m de profondeur; elle est creusée dans la terre qui à cet endroit est fortement argileuse . Comme le tas de fumier ne possède pas de petit fossé d'écoulement vers la fosse, ce n'est qu'une partie du purin qui vient à cette fosse,le reste va à la deuxième mare .
Ce purin n'est jamais utilisé pour être épandu dans les champs ou les prés . Le propriétaire dont le mur du jardin touche la fosse a fait une ouverture dans le mur pour que son jardinier puisse utiliser ce purin..
Les Chaumes
Une commune voisine celle de Lurcy possède plusieurs chaumes dont une de 30 ha ,entièrement clos , possédant deux barrières et traversée à une extrémité par la rivière . Cette chaume constitue un excellent pâturage , très bien entretenu, aux frais de la commune , chaque habitant peut y faire paître des animaux moyennant une faible redevance .
Il est rare de trouver des chaumes aussi bien entretenues.; c'est un sérieux secours pour les très petits propriétaires éleveurs.
La commune de saint Benin des bois,dont une grande partie de la superficie est occuppée par des bois possède également une grande étendue de chaumes ,situées principalement le long de la rivière et de ses petits affluents et couvrant près de 100 ha .
Le terrain est assez humide , en sorte qu'il y ait poussé un grand nombre de buissons formés surtout de saules et de vernes ( arbres glutineux ) et les animaux ne ne peuvent paître qu'entre ces buissons qui prennent de plus en plus de place.
Je ne sais ce qui a empêché toutes ces communes de faire comme Champlin et de partager toutes ses chaumes entre les divers habitants , peut-être a-t-on pensé que la portion revenant à chacun serait trop peu importante et qu'il était préférable de continuer à mutualiser leur utilisation.
Mais c'est une grande perte pour l'économie nationale ,car souvent ces chaumes sont soumises à une surexploitation et pas régulièrement entretenues. Elles sont loin de rapporter ce que rapporteraient des prairies appartenant à des particuliers.
Comme le temps menaçait fort ce matin, le fermier s'est hâté de faire rentrer le trèfle quoiqu'il ne soit pas encore tout à fait sec . Il avait été mis en meule hier soir, ce qui a facilité la tâche ce matin et permis de ne pas recevoir la rosée de la nuit.
Ce fut fait heureusement à temps car il a plu toute la soirée et un fourrage mouillé perd de sa valeur nutritive.
Certainement cette pluie va déranger quelques travaux , principalement ceux de battage, mais elle fait un bien immense . En effet on pourra labourer les places que l'on va ensemencer en céréales d'hiver.
Les prairies ont reverdi et l'herbe pousse rapidement ; les mares ont reçu un peu d'eau et les légumes commencent à regrossir.
Partout on constate une abondante pousse de champignons de rosé. Ce qui est assez rare à cette époque car il faut en effet une pluie très importante quand le sol est aussi chaud..Et on les voit sortir de terre comme par enchantement. Dans les communes voisines du canton , on les ramasse même pour les vendre sur le marché du chef-lieu où on les vend 2 F le kilogramme.
Les champignons qui poussent dans les prairies sont des Psalliotes , on en trouve deux variétés une appelée dans le pays Champignons de rosé, qui est petit ,possède un très petit pied,bien blanc au dessus et sous le chapeau des lamelles rose vif,quand il est frais, l'autre vient plus gros (jusqu'à 30 cm de diamètre), il a un très gros pied renflé à la base ,les les lamelles rose plus pâle
et la chair plus parfumée, mais coriace.