Aujourd'hui , pour préparer la moisson on est allé faire sur les bords des champs de blé les chemins pour permettre à la moissonneuse-lieuse de commencer . Ces chemins sont faits d'un seul coups de faux et font environ 1m50 de large. Le blé ainsi coupé a été lié avec des liens faits en attachant bout à bout du côté de l'épi deux poignées de blé dont les deux extrémités libres sont tordues ensemble et rentrées à l'intérieur de la gerbe . Ces gerbes ont été dressées près de la haie afin de ne pas encombrer le passage de la machine.
L'étendue cultivée en blé est d'environ 13 ha ; ce champs était l'année précédente divisé en trois parties : une ensemencée en légumes et betteraves , la deuxième en trèfle et la dernière avait été laissée en jachère . Dans celle-ci il était rapidement poussé de l'herbe que l'on avait fait paître par les brebis.
Après un fort labour d'automne fait d'abord dans la jachère ,puis dans le trèfle et enfin dans les betteraves et les pommes de terre après l'arrachage , destiné à retourner la terre, à enfouir le fumier , on a opéré les semailles. Trois variétés différentes ont ont été semées en chacune des parties de champs . A la place du trèfle on a mis la variété de grain de pays appelé Raclain, dont les semences provenant de la ferme avaient été passées au trieur, mais seulement pour éliminer les semences étrangères et les trop petits grains de blé. Cette variété a de petits épis très pointus de couleur rouge brun foncé, une paille très longue en sorte qu'il n'est pas rare de le voir verser. Il fournira une très belle récolte cette année car, quoique possédant des épis peu fournis , il y a un si grand nombre de thalles que tous les chaumes se touchent . Comme taille il a environ 1m30 en sorte que l'on aura beaucoup de paille cette année et que l'on ne saura qu'en faire , en en ayant encore sur les greniers de l'année précédente .
Dans la partie qui était en jachère on a semé du Bon Fermier, provenant d'une autre ferme que le fermier exploite à Corvol d'Embernard à quelques kilomètres d'ici. Cest un blé à plus gros épis de couleur pâle beaucoup plus tardif que le précédent ayant un gros grain rond de couleur pâle alors que le Raclain a un grain plus petit plus sec, plus nervuré. La paille est aussi longue , mais plus solide, en sorte qu'avec lui on redoute moins la verse.
Dans le reste du champs à la place des légumes et des betteraves, on a semé de l'hybride hâtif inversable de Vilmorin , qui à cause de l'arrachage tardif de ces derniers a été fait assez tardivement . C'est la première année que le fermier essaye cette variété de blé et du reste il est le seul de la commune qui l'expérimente. La semence a été achetée chez un gros propriétaire éleveur des environs, ancien élève de Grignon qui en plus de son élevage cultive en expérimentation quelques hectares et en vend le produit préalablement trié comme semences. Mr Arnoud voulant lui acheter de ce blé , il lui fut répondu que le prix était de 125 F le quintal , mais que ce serait 10 F de moins s'il appartenait à un syndicat agricole , aussi pour bénéficier de la réduction,s'est-il fait inscrire immédiatement au syndicat agricole de Brinon dont la cotisation n'est que de 5 F.
Les semailles ont été faites au début d'octobre à la main; on essaye de recouvrir à la herse , mais la terre se travaillant mal, le fermier fit enterrer à la charrue à 15cm de profondeur ce qui paraît excessif, cependant le blé a très bien germé et il ne semble pas qu'il en manque beaucoup.
Au printemps on a fait deux travaux consistant en un hersage destiné à ameublir le sol tassé par les pluies d'hiver et en un roulage destiné à favoriser l'enracinement le tallage .
Le temps ayant manqué pour faire un sarclage, on aurait pu croire que le blé aurait été envahi par les chardons, mais il n'en a rien été. Le blé a poussé avec une telle force , principalement le Raclain et le Bon Fermier (l'Hybride hâtif inversable est assez clair ) qu'il a étouffé les mauvaises herbes et j'ai été étonné de trouver ce matin plusieurs chardons de 30 à 40 cm de haut pressés au milieu de la paille et complètement secs. Les liserons et les vesces si nombreux d'habitude ont été également étouffés ce qui est très rare dans les blés.
Les mulots et campagnols qui sont en quantité innombrable ont fait beaucoup de dégâts: ils ont frayés des chemins , ont creusés sous terre dans tous les sens leurs galeries , ont coupés des tiges de blé afin de faire tomber et en entamant ces débris de paille sur le sol ont provoqué avec la pluie une pourriture de la base de la tige .
La terre de ce champs n'est plus aussi compacte car elle est fortement calcaire; c'est de la terre d'aubus , dit-on dans le pays; elle est froide, mais très profonde, et aucun caillou ne gêne le travail. Elle se croûte moins en été et se crevasse moins que les terres voisines ; ce serait une bonne terre à prairie où il pousserait beaucoup de trèfle blanc dit-on. Le blé y vient assez bien ; mais il pousse en paille, en sorte que si l'on n'a pas une variété à paille très grosse la verse est à craindre.
Tout est mûr la moisson peut commencer ; cependant le Bon Fermier est encore un peu vert , mais comme il sera coupé en dernier il aura encore le temps de terminer sa maturation .