Vers les 5 heures du matin le mécanicien et son aide sont allés à la machine, ont remplis la chaudière d'eau, ont allumé le foyer, vérifié tous les organes et abondamment graissé toutes les parties flottantes.
Le chauffage est assuré par des briquettes de charbon aggloméré avec des huiles lourdes et produisant par suite une grande flamme. Elles sont à la charge du fermier qui se les procure chez un marchand des environs, elles pèsent 9 kilogrammes et coûtent cette année 1 F 80 pièce. La machine en consomme une trentaine par jour. Souvent elles ne sont pas de très bonne qualité et on est obligé de bruler un peu de bois avec elles.
Les ouvriers sont arrivés et se sont rendus dans la grande salle de la ferme où on leur paye la goutte,c'est à dire on leur offre un peu d'eau de vie. La machine étant sous-pression, le mécanicien siffle , les ouvriers alors s'approchent, chacun se rend à sa place respective; on ouvre les purgeurs, lance à la main le volant et le tout se met en mouvement.
On commence à faire passer quelques bottes de paille provenant du battage précédent afin de vider complètement les organes de la machine du grain qui y était resté.
Le mécanicien, en plus de la machine, fournit deux hommes pour faire fonction d'engréneurs c'est à dire pour introduire le blé sous les fléaux de la machine; ces deux hommes se relayent de ce travail assez pénible et font office de chauffeur, approvisionnant la machine en charbon et en eau.
Le service de la batteuse nécessitait quatorze hommes:
-Deux étaient sur le grenier, le premier prenant les gerbes sur le tas et les passant au second qui les lançait sur la plateforme. Quelquefois un troisième était nécessaire lorsque le grain se trouvait loin de la porte du grenier .
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- Sur la plateforme trois hommes, l'un recevant les gerbes et coupant le lien avec son couteau, le deuxième muni d'un bâton approchait la céréale du troisième, en même temps qu'il la désagglomérait et qu'il l'égrénait, les doigts , munis de sorte de doigts de fer blanc pour éviter les piqures de chardon et l'écrasement du bout des doigts, poussaient le tout sous les fléaux de la batteuse.
- Le grain tombait par trois orifices que l'on pouvait obturer à volonté par un volet de fer et sous chacun desquels était fixé un sac. Un homme s'occupait de chaque conduit; lorsque le sac était plein, il poussait le volet, tordait le bord du sac, le chargeait sur les épaules et allait le vider dans le grenier. Par ce moyen il n'y avait pas de temps perdu, toujours un homme était présent près des sacs pendant qu'un autre allait au grenier et que le troisième revenait. C'était le travail le plus dur, car ces sacs contenaient quatre double-décalitres pesaient environ soixante kilogrammes et il fallait les porter pendant une cinquantaine de mètres et les monter ensuite sur le grenier, aussi une bouteille de vin avait été disposée près du tas.
-Un ouvrier était près de la botteleuse,chargé de ramasser la paille non liée et de la remettre dans l'appareil.
- Un autre prenait avec une fourche les bottes et les tendait au conducteur de la charrette qui les empilait sur le véhicule. Deux charrettes transportaient la paille au grenier; là le conducteur la déchargeait, tendant les bottes à un ouvrier qui les empilait au fur et à mesure.
Le quatorzième ramassait les balles; il posait sur un van par terre, la concavité tournée vers l'extérieur et attirait dessus les balles à l'aide d'un râteau , puis lorsque le van était plein, le chargeait sur une brouette et allait le vider dans un coin de la cour.
Aujourd'hui on a battu du blé ,commençant par le bon fermier . Les rendements sont énormes et le grain est magnifique d'aspect, car il avait été coupé le dernier étant moins mûr que l'autre et avait profité de la petite pluie. Puis on est passé au Raclain qui a donné beaucoup, mais le grain est beaucoup plus sec et de plus on trouve une forte proportion de grains cassés, ce qui tient à ce que ces grains avaient été creusé par la larve de l'alucite des céréales que l'on appelle simplement papillon dans le pays. Quelques chariots avaient été rentrés un matin pendant la pluie et il était arrivé que les grains de la partie supérieure du tas par suite de l'humidité avaient gonflé , germé, ce qui rendait le battage très difficile, car le grain ne se séparait pas de ses enveloppes.
Le blé par suite de la présence de grains cassés et de balles aura une valeur marchande un peu moins élevée, car les meuniers profitent de ce qu'il y a un peu moins d'aspect pour diminuer le prix, quoique la quantité de farine extraite soit sensiblement la même.